La Suisse muscle ses contrôles aux frontières.
Une décision politique qui met sous pression une douane déjà fragilisée et pourrait compliquer le trafic transfrontalier.
L’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF) redéploie du personnel. Comme le Conseil fédéral l’a annoncé vendredi dernier, 300 collaborateurs supplémentaires doivent être affectés aux contrôles de personnes aux frontières.
Après sa dernière séance, le Conseil fédéral a expliqué:
«L’OFDF pourra ainsi déjà accroître quelque peu la présence et la surveillance aux points névralgiques en matière de migration. En raison de la situation actuelle, l’accent sera mis sur la frontière sud.»
Afin de rendre ces contrôles possibles, la Confédération va engager d’autres spécialistes des douanes «ayant accès aux systèmes de recherche et d’information pertinents».
D’où sort cette idée?
Le mandat émane de la majorité de centre droit au Parlement et se veut une réaction aux durcissements des contrôles opérés dans les Etats voisins. Dans des motions identiques, le Conseil national et le Conseil des Etats demandaient au Conseil fédéral:
° D’intensifier également «les contrôles aux frontières nationales suisses».
° De «renvoyer systématiquement les personnes sans droit de séjour».
° De lutter contre la criminalité transfrontalière.
Le problème principal est que l’OFDF souffre déjà d’un manque de personnel sur le terrain, en raison d’une réforme controversée et encore inaboutie des métiers de la douane. Cela s’est manifesté par le fait que, ces dernières années, un nombre inhabituellement élevé de postes-frontières n’étaient pas occupés. Cette réorganisation avait été menée sous l’impulsion du conseiller fédéral UDC alors en charge des Finances, Ueli Maure, et le directeur de l’époque, depuis lors parti, Christian Bock.
D’avantages de moyens
La réaffectation de personnel à la frontière devrait conduire à un besoin accru de ressources pour les douanes, et donc de moyens financiers supplémentaires. Le Conseil fédéral explique:
«Pour être en mesure de maintenir à plus long terme la capacité de contrôle accrue tout en continuant à remplir les autres tâches qui lui incombent, l’OFDF examinera les possibilités d’une hausse des effectifs.»
Le renforcement de la présence, en particulier à la frontière sud, ne restera pas sans effets négatifs sur le trafic frontalier. Dans son communiqué, le Conseil fédéral le reconnaît d’ailleurs de manière assez directe. Le Gouvernement fédéral explique:
«Le trafic transfrontalier de personnes et de marchandises, qui revêt une grande importance pour la Suisse, doit être maintenu autant que possible malgré le renforcement des contrôles aux frontières.»
Les critiques estiment que la douane se transforme de plus en plus en une autorité de protection des frontières, au détriment de ses missions traditionnelles.
Source : Watson